08.04.2009
Cher Monsieur Norenêt
Cher Monsieur Norenêt,
Je m’appelle Sophie Laroche, je suis auteur jeunesse, et je vous écris aujourd’hui car j’ai beaucoup beaucoup beaucoup entendu parler de vous ces derniers temps . Je dois vous expliquer que je suis allée dans les écoles de la région de Verneuil-sur-Seine pour parler du métier d’auteur.
De nombreux enfants connaissaient votre dernier ouvrage, « L’aventure de tes rêves ». Aucun ne l’avait lu, fort heureusement. Pour être tout à fait franche, Monsieur Norenêt, je trouve que votre livre est un livre qu’il ne faut surtout surtout surtout pas lire. Vous pouvez faire le joli cœur sur la couverture, indonder les journaux et les radios de votre publicité, cela ne change rien à mon opinion.
Pourquoi suis-je si sévère avec votre livre ? Mais tout simplement parce que ça n’en est pas un !
Si vous aviez, Monsieur Norenêt, connu les heures de solitude d’écriture, pris plaisir à jouer avec les mots, chercher votre respiration dans les virgules et les points d’exclamation, vous sauriez ce qu’est un vrai livre.
Si comme moi, vous aviez eu le bonheur d’être percée de mille regards pétillants en rencontrant vos lecteurs, vous auriez compris ce lien magique qui lie à jamais le lecteur à l’auteur, cette complicité dans le plaisir.
Figurez-vous que dans une de ces classes, mon livre avait tout simplement pris vie ! Les enfants avaient noirci leur cahier d’aventures de leurs rêves, des imprimeurs en herbe avaient tiré un exemplaire unique du vrai roman de Sophie Laroche, et un petit malin avait même retrouvé la recette des bonbons farceurs !
J’en suis sortie, Monsieur Norenêt, une fleur et une photo dans une main, une boîte de chocolats dans l’autre, mais surtout surtout surtout avec un soleil dans le cœur qui illumine encore mes journées. J’espère qu’il éblouira les pages blanches que je continuerai à noircir, pour que l’aventure continue.
Je vous pardonne, Monsieur Norenêt. Vous avez connu une école où les fables de la fontaine s’ânonnaient. Aujourd’hui, elles explosent en une mosaïque arc-en ciel à l’entrée des écoles. Peut-être, comme on m’a suggéré dans une autre école, aurais-je dû vous renvoyer sur les bancs de l’école dans les dernières pages. « Norenêt, au tableau ! » Vous auriez découvert une école si différente de celle qui vous a tant fait souffrir, et vous auriez mis voter génie au service de la science. Oh oui, j’aurais aimé apprendre la physique chimie avec vous, j’aurais retenu toutes ces formules barbares bien plus facilement ! Mais j’en ai décidé autrement.
Vous êtes libre, Jacky. Mais gare à vous, pas de bêtise. N’oubliez pas que vous sortez tout droit de mon imagination. Si vous ne vous tenez pas bien, je vous livre en sujet de rédaction.
Je vous prie de recevoir l’expression de mes respectueuses virgules,
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15.03.2009
Cécilia a tout compris
Lundi 9 mars, je suis allée à Thuré, près de Poitiers, pour parler avec des élèves de 3e de mon roman « Sauve qui peut ! ». C’était la première fois que je rencontrais des lecteurs de ce roman, moins plébiscité que le livre qu’il ne faut surtout pas lire. Moins consensuel aussi, il faut bien le reconnaître ;)
A l’aller, le RER pour la gare Montparnasse a eu 25 minutes de retard. Comme ça. Juste pour me faire monter la pression (réussi) et me faire craquer sur le distributeur de chocolats (loupé).
Au retour, mon TGV a eu deux heures de retard. Pour me faire craquer sur les chocolats (réussi…)
Moi, je dis, la RATP et la SNCF n’aiment pas les auteurs. Ou que Guillaume Musso.
Bref…
Ce n’est pas ce qui me restera de cette journée.
Il y a eu d’abord le ventre si arrondi de la documentaliste qui m’accueillait à la gare. Une promesse de vie qui allait si bien avec son sourire.
Puis les jardins si bien entretenus de ce lycée horticole.
Enfin les collégiens. Des grands troisièmes, que je perturbais en pleine digestion avec mes questions sur mon livre. C’est l’âge ingrat de l’acné, des sourires acier et des silences gênés. Ouais j’ai lu le bouquin. Mais en parler devant les potes, c’est un autre truc.
Parmi eux, dans le 2e groupe, Cécilia qui cachait son si joli sourire derrière de beaux cheveux longs bouclés. Cécilia était curieuse et attentive. Si je n’y avais pas pris garde, les autres auraient assisté, silencieux, à notre conversation.
A un moment, alors que je les poussais à réfléchir au côté « chiqué » des émissions de télé-réalités, je leur ai parlé du mensonge dans mon livre. Je leur ai demandé qui étaient les seuls personnages (je croyais qu’il n’y en avait que deux) qui ne mentaient pas.
« Manon ne ment pas ! » s’est exclamée Cécilia.
Je ne pensais pas à ce personnage, la « grosse » de mon histoire, à qui j’avais donné le même prénom que l’héroïne du Carnet de Grauku, mais aux deux méchants producteurs de télé.
Mais Cécilia avait tout à fait raison. Ça alors, cette collégienne du lycée en fleurs m’en apprenait une belle sur mon propre livre. J’ai fait une digression, et je leur ai parlé de Manon et de Grauku.
Cécilia insistait : « C’est votre historie dans ce livre, il faut raconter sa vie dans les romans ? »
« Bien sûr que non », lui ai-je dit. A la fin de la rencontre, j’ai compris pourquoi elle était revenue plusieurs fois cette question. Cécilia écrit. Et elle a peur que l’univers qu’elle a inventé soit trop « irréel ». Oh non, l’ai-je rassuré ! Pas de souci.
J’ai appris depuis que cécilia avait amené son livre à sa prof de français. Elle m’a promis qu’elle me l’enverrait. « quand tu te sentiras prête » lui ai-je répété, pour la mettre en confiance ; j’attendrais, six mois, un an, plus s’il le faut. C’est vrai Cécilia. Je t’attends avec plaisir. Moi non plus, je ne mens pas.
16:53 Publié dans Sauve qui peut ! | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
22.02.2009
Bailly, la ville où il fait bon lire
A l’occasion de la première édition du Prix Jeunes Plumes
organisé par la Ville de Bailly en 2008,
est attribué à toutes les « liseuses » de Bailly-Lecture
le Prix « Madame Coquelicot »
« Comme elles aiment beaucoup lire, et surtout pour les autres, elles viennent dans les classes de l’école. Cela en fait du monde et du temps ! Mais elles n’ont jamais compté. Les chiffres ne les intéressent pas, seules les lettres les attirent. Quand elles ouvrent le livre, caressent la page pour la lisser, rangent le marque-page à la fin, les enfants se sentent déjà bien.
Dans la bouche de ces « Madame Coquelicot », les mots volent, les verbes chantent, les phrases vivent. On les entend presque respirer, haleter quand le suspense monte, puis reprendre leur souffle. »
Je croyais Madame Coquelicot, bénévole à la bibliothèque dans « Le livre qu’il ne faut surtout surtout surtout pas lire », tout droit ou presque sortie de mon imagination. Bon, j’avais emprunté pour son personnage l’enthousiasme d’une institutrice peu orthodoxe ; mais je n’avais pas soupçonné une seule seconde que Madame Coquelicot existait vraiment, qu’elle avait même toute une série de nièces et petites cousines dans les Yvelines.
Il se trouve que je les ai rencontrées. Qu’elles sont venues à moi, en réalité. Elles ont entendu parler de « l’espèce rare et méconnue des enfants qui lisent avec les oreilles ». Ravies qu’on ait enfin identifié cette espèce qu’elles connaissaient si bien, elles sont venues me demander si je ne voulais pas participer au grand remue-méninges qu’elles préparaient à Bailly. Bailly, petite bourgade tranquille, près de Versailles, où il fait particulièrement bon lire grâce à ces formidables bibliothécaires bénévoles.
Cette année 2008/2009, s’y est en effet tenue la première édition du Prix Jeune plume. Les enfants de l’école la Pépinière ont lu le « Livre qu’il ne faut surtout surtout surtout pas lire » pour les plus grands, et ont eu le droit à une lecture à voix haute pour les classes de CE.
Je les ai rencontrés une première fois à l’automne dernier, pour parler du travail d’auteur, de ce livre, de la façon dont ses personnages avaient pris vie dans ma tête et dans leur cœur. Ce fut une formidable journée. Ils avaient tous lu le livre, et préparé plein de questions auxquelles j’ai répondu avec joie. C’était presque irréel pour moi : je me promenais dans ce joli coin de verdure, entourée de supers bénévoles de la bibliothèque, et tous ces enfants papillonnaient autour de moi. Oui, ça a été un moment de gloire. P’tite gloire, je vous l’accorde, mais qui avait une grande valeur à mes yeux. C’était pour ces enfants, pour rendre hommage à des bénévoles comme celles de Bailly lecture que j’avais écrit ce roman, et nous le célébrions tous ensemble.
Ça ne s’est pas arrêté là. C’eut été mal connaître la troupe inventive et motivée que formaient les enseignants, les bibliothécaires et les élus. Ils ont proposé aux enfants de passer à leur tour à l’écriture et à l’illustration. Dans le projet initial, les écoliers devaient inventer une suite aux aventures de Max et Marc Norenêt. Seulement, j’avais une autre idée derrière la tête. Une idée terrible, un tel bazar dans une petite bourgade justement aussi tranquille que Bailly, que je n’arrivais pas à la mettre en forme. Les enfants ont planché sur le sujet, et ont sorti des textes formidables. Certains avaient un style remarquable (je salue le travail de Jade), d’autres m’ont fait beaucoup beaucoup rire. Tous ont réveillé en moi ce léger fourmillement au bout des doigts.
Je vais repartir dans une nouvelle aventure. Où va-t-elle me mener ? Aille , je ne sais pas vraiment ! Enfin si, mais je ne sais pas par quels chemins. Je sais juste que je vais vadrouiller dans les rues d’une charmante bourgade, et qu’il me tarde d’y retourner.
Edit : Pour finir - pour l’instant au moins - je voudrais revenir sur ma visite auprès d’enfants lourdement handicapés à qui je suis allée présenter mon livre, à Bailly toujours. J’avais un super trac, mais comme dans toute cette aventure, Laurence a été un super guide. Ces enfants ont, d’un regard, d’un sourire, d’une parole quand elle était possible, punaisé leurs vies sur mon cœur. Je les embrasse affectueusement.
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